Bulle de skipper: A chacun sa recette, "Jamais sans mon pamplemousse"
À quelques jours de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, aucun détail n’est vraiment un détail pour Pep Costa. À bord de VSF Sports comme à terre, le Catalan passe au crible tout ce qui peut l’aider à tenir son meilleur niveau dans la durée. Le bateau, les réglages, les automatismes, le sommeil… mais aussi ce qu’il met dans son assiette. Car sur une transatlantique en solitaire, bien manger ne consiste pas simplement à faire le plein de calories : il faut apporter au corps suffisamment d’énergie pour encaisser l’effort, conserver de la lucidité et, lorsque les heures deviennent plus difficiles, savoir aussi s’offrir quelques petits plaisirs. Au fil des milles, il a appris à connaître ses besoins et construit désormais son avitaillement autour d’un équilibre bien à lui. Trois vrais repas, du lyophilisé et de l’appertisé, quelques douceurs, beaucoup d’eau et surtout des produits qu’il sait avoir envie de manger une fois en mer. Avec un incontournable : le pamplemousse.

©Gaultier Lebec / VSF Sports
Ne rien laisser hors du jeu
À mesure que le départ de la Route du Rhum approche, Pep Costa pousse toujours plus loin le souci du détail. Dans une Class40 où les écarts se jouent parfois sur presque rien, la performance ne s’arrête évidemment pas à la vitesse du bateau. Être capable d’enchaîner les jours de mer, de rester vigilant, de manœuvrer correctement malgré la fatigue et de prendre les bonnes décisions suppose aussi de donner au corps ce dont il a besoin. Pep Costa en est convaincu. « Aujourd’hui, on ne peut plus simplement être bon sur l’eau. Il faut s’intéresser à tous les aspects de la performance et l’alimentation en fait clairement partie. Il faut bien manger en amont pour arriver en forme, puis continuer à le faire en mer. » Le skipper de VSF Sports ne travaille pas encore avec un nutritionniste, mais le sujet occupe une place croissante dans sa préparation.
À terre, il veille davantage qu’auparavant à l’équilibre de son alimentation. Beaucoup de produits bio, davantage de fruits, moins de sucres raffinés au profit de sucres plus naturels, du lait de soja depuis l’enfance… sans transformer pour autant chaque repas en équation. « Je fais de plus en plus attention, mais j’aime aussi me faire plaisir. Pour moi, c’est important. » Une règle qui vaut encore davantage au large, où le contenu d’un sachet peut parfois peser bien plus lourd sur l’humeur que ne le laisse penser son nombre de calories.
Trois repas et quelques valeurs sûres
Au large, justement, les besoins changent d’échelle. Soumis à l’effort, au manque de sommeil, aux manœuvres répétées et parfois au froid, l’organisme peut réclamer jusqu’à deux fois et demie l’apport énergétique nécessaire à terre. Encore faut-il réussir à lui fournir ce carburant lorsque la course accapare toute l’attention. Pep conserve donc autant que possible un rythme de terrien. Petit déjeuner, déjeuner, dîner : trois rendez-vous qui structurent la journée et permettent d’éviter que la course ne prenne complètement le dessus sur les besoins élémentaires.
« Ça m’arrive encore de ne pas respecter ce rythme, surtout au début d’une course, quand on est pris par tout ce qui se passe, mais plus ça va, plus j’y arrive. Une fois que le rythme est installé, j’ai faim et les trois repas viennent assez naturellement. »
Pour les composer, pas de chapelle. Pep mélange lyophilisé et appertisé selon ses envies. « J’aime bien les deux. Il y a des gens qui ne supportent pas les lyophilisés, mais moi, je trouve même certains plats meilleurs en lyophilisé qu’en appertisé. C’est très personnel. » Le matin, son penchant naturel pour le sucré reprend vite ses droits : mueslis et porridges ont nettement sa préférence sur les plats salés. « Il y en a qui peuvent manger des pâtes bolognaises au petit déjeuner et c’est très bien, mais moi, je préfère quelque chose de sucré ! »
Dans les sacs d’avitaillement de VSF Sports se cachent aussi quelques valeurs sûres. Parmi elles, deux recettes figurent tout en haut de sa liste : un Beef Stew à base de bœuf, poivrons et champignons, et un ragoût de renne accompagné de pommes de terre, champignons et myrtilles. « Ce sont des plats que j’aime vraiment beaucoup. Et quand tu retrouves quelque chose que tu apprécies en mer, ça fait du bien au moral. »
Même logique côté grignotage. Quelques biscuits, notamment au chocolat, trouvent leur place à bord, mais pas les tablettes elles-mêmes. « Ça me donne mal à la tête. » S’ajoutent quelques tartines de rillettes ou encore des avocats : de quoi varier les textures et les envies lorsque les jours commencent à s’empiler.
Le pamplemousse, son goût du large
Car bien s’alimenter en course, c’est aussi réussir à avoir envie de manger. Sur ce terrain, Pep a sa petite marotte, bien éloignée des produits savamment élaborés pour sportifs de haut niveau. Avant chaque départ, il embarque du frais : bananes, raisin… et surtout des pamplemousses. Beaucoup plus qu’une simple gourmandise pour le Catalan. « C’est presque indispensable. Ce qui est drôle, c’est que je n’en mange quasiment jamais à terre, mais en mer, j’ai besoin d’en avoir. Quand tu es fatigué, que tu as mangé pas mal de choses salées, tu prends un pamplemousse et, tout de suite, tu retrouves quelque chose de très frais en bouche. Ça me donne vraiment la patate. » Le raisin, lui, se picore facilement pendant les veilles, tandis que les autres produits frais permettent de rompre avec l’enchaînement des plats préparés.
L’hydratation obéit à la même recherche d’équilibre. L’eau reste largement majoritaire, complétée par des électrolytes et, de temps à autre, une petite canette de soda pour le plaisir. Là encore, l’expérience a fait son œuvre. « J’essaie de boire le plus d’eau possible parce que je sais que, si je bois suffisamment, je n’ai pas de maux de tête. C’est vraiment important. » Reste l’apport énergétique, forcément mouvant sur une course où l’intensité, les conditions et les besoins évoluent au fil des jours. Les premières heures, souvent très prenantes, ne sont pas celles où Pep mange le plus. Ensuite, la tendance s’inverse. « Sur une transat, je pense que je mange davantage en mer qu’à terre. Après, ça dépend évidemment beaucoup du rythme de la course. Sur la Transat Café L’Or, par exemple, j’avais de plus en plus faim à mesure qu’on avançait. »
Un appétit que l’arrivée sous les tropiques ne semble guère calmer. Et lorsque le marin retrouve enfin la terre ferme, l’équilibre alimentaire peut bien attendre quelques heures. L’envie, elle, va généralement à l’essentiel : « Un steak-frites, un burger… des choses assez classiques. »
D’ici au départ de Saint-Malo, Pep continuera donc à peaufiner son avitaillement comme le reste : en s’appuyant sur l’expérience accumulée, ses sensations et une connaissance toujours plus fine de ce que son corps réclame pour durer. Parce qu’au milieu de l’Atlantique, la performance se joue aussi là : dans la capacité à manger suffisamment, au bon moment, mais également à ouvrir un sachet ou à éplucher un pamplemousse avec l’envie de le faire.




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